Que faire après que le couperet est tombé?
par Bob Ramsay, Juin 2006
Vous êtes dans la cinquantaine et vous occupez un poste bien rémunéré dans une société à laquelle vous fournissez de loyaux services depuis que vos enfants sont nés presque. Puis, arrive un jour la réunion redoutable avec votre patron et une personne du service des ressources humaines. Avant même d'avoir compris ce qui vous arrive, vous vous retrouvez sur le trottoir, indemnité de départ en main, et sans avoir la moindre idée de ce que vous ferez par la suite. Alors que de nombreux dirigeants victimes d'une réduction des effectifs trouvent du travail ailleurs, de plus en plus d'entre eux profitent de leur départ forcé pour démarrer leur propre entreprise.
Ce « de plus en plus » est d'ailleurs bien réel. Selon le plus récent sondage mené auprès des PME par la Banque CIBC, les petites entreprises en phase de démarrage gérées par des Canadiens plus âgés, c'est-à-dire qui ont plus de 55 ans, représentent de loin le segment à la croissance la plus rapide du secteur de la petite entreprise. Le rapport souligne que « ces propriétaires de PME plus âgés (séniorpreneurs) représentent 25 pour cent des travailleurs autonomes au Canada et constituent plus de 30 pour cent du total de la main-d'oeuvre des personnes de plus de 55 ans. »
En fait, selon Bill Foster, conseiller principal pour le travail autonome dans la région de Toronto auprès des spécialistes en réorientation professionnelle, Right Management Consultants (www.right.com), quelque 20 % de ses clients ont, au cours des années, considéré la possibilité d'être un travailleur autonome, et la moitié de ces derniers ont fait le saut.
Très peu d'entre eux démarrent une entreprise parce qu'ils ne peuvent pas trouver un emploi. M. Foster indique : « plusieurs dirigeants licenciés deviennent des entrepreneurs pour des raisons de style de vie. Ils ont besoin d'un pont entre le moment où ils reçoivent l'indemnité de départ et le début de la retraite; ils décident donc de démarrer leur propre entreprise. Ceci permet une rentrée de fonds, mais offre également la possibilité de suivre des cours et de voyager. » Plusieurs des clients de M. Foster trouvent également du travail dans le domaine en pleine croissance de la gestion intérimaire, où ils deviennent des entrepreneurs à court terme, habituellement à titre de conseillers.
« Il n'est pas surprenant que les services-conseils soient le chemin privilégié des anciens dirigeants qui souhaitent devenir des entrepreneurs, » mentionne M. Foster. « Cela leur permet d'acquérir des compétences pratiques pour effectuer progressivement la transition d'employé à entrepreneur. »
Mais bien que les services-conseils soient souvent le chemin de la moindre résistance, ce n'est pas toujours la route la plus facile vers le succès. Le plus grand défi qui attend les futurs entrepreneurs plus âgés est souvent le gouffre qui sépare les cultures. « Alors que la société pour laquelle vous travailliez s'est occupée de tous vos besoins pendant vingt-cinq ans, vous devez soudainement vous occuper de tout. Cette réalité peut provoquer un certain choc, » indique M. Foster.
M. Foster croit également que malgré le fait que plusieurs dirigeants plus âgés choisissent le domaine des services-conseils, parce qu'ils sont des spécialistes d'un domaine en particulier, ils oublient qu'ils devront passer plus de la moitié du temps à commercialiser leurs services afin de générer de nouvelles affaires. Tout comme pour les jeunes entrepreneurs, penser qu'un client potentiel deviendra automatiquement un client est justement ce qui peut causer des désappointements.
Un ancien directeur devenu entrepreneur a décidé de ne pas se lancer dans les services-conseils. Cette décision n'a d'ailleurs pas été facile à prendre. M. Aris Pakalns avait travaillé vingt-six ans pour un fabricant de matières plastiques au Canada. Il a graduellement monté les échelons du crédit, de la technologie de l'information et des ventes jusqu'à ce qu'il soit parvenu au poste de directeur des ventes internationales de la société, un emploi qui exigeait de nombreux déplacements et qui permettait de rencontrer plusieurs personnes à l'étranger. Toutefois, l'automne dernier, la société a été achetée par un géant américain et les mises à pied n'ont pas tardé. M. Pakalns a été chanceux d'obtenir une indemnité de départ assez intéressante, ce qui lui a permis, à cinquante ans, de s'arrêter un peu et de réfléchir à ce qu'il souhaitait faire désormais dans la vie. Il a songé à retourner dans le milieu des grandes entreprises, mais il trouvait contraignantes la pression et la politique. Lorsqu'il a parlé à d'autres clients de Right Management, qui s'occupait de sa réorientation professionnelle, il a découvert que ces clients disaient également : « J'aimais mon travail, mais pas ma société. » Il décida donc de chercher ailleurs.
C'est alors qu'il a opté pour le franchisage. Pour M. Pakalns, c'était une des façons les moins risquées de démarrer une entreprise, à la condition bien sûr de choisir la franchise appropriée. Il savait toutefois que les données démographiques jouent un rôle très important dans la réussite de nouveaux types d'entreprises. Ainsi, lorsqu'il a entendu parler de Comfort Keepers (www.comfortkeepers.com), il a été intrigué. Cette société offre des services de dépannage aux personnes âgées, et à leurs enfants adultes, qui souhaitent profiter des avantages des services d'aide à domicile, mais sans avoir à quitter leur résidence. La franchise a commencé aux États-Unis il y a quelques années et M. Pakalns s'estime chanceux d'avoir obtenu la franchise pour les cités-dortoirs à croissance rapide du nord de Toronto, y compris Richmond Hill et King City. Il est trop tôt pour savoir si M. Pakalns réussira, mais un facteur qui l'a aidé à décider d'ouvrir une franchise Comfort Keepers a été « la différence hiérarchique. »
M. Pakalns mentionne : « Les représentants de la société ont dessiné un triangle au tableau au cours d'une séance d'information. Dans le milieu des affaires où j'ai passé plus d'un quart de siècle, les profits règnent, viennent ensuite les clients, et en bout de ligne, les employés. Avec nous, les employés sont les premiers, puis les clients, et nous pensons que si nous avons assemblé le premier morceau de la bonne façon, en embauchant les personnes appropriées possédant les compétences et les attitudes nécessaires et en leur accordant une formation, alors les clients suivront et avec eux, les profits. »
Aris est maintenant plus occupé que jamais, et beaucoup plus heureux.
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